Accroche #2 : Maude Maris

Maude Maris met en place un dispositif de réalisation de ses œuvres en strate : elle construit ses objets, elle les agence comme le feraient les acteurs d’une pièce de théâtre – chacun son rôle, chacun son costume. L’étape suivante consiste à « figer » la scène grâce à la photographie puis par son aplat sur la toile.
A sa sortie des Beaux-Arts de Caen en 2003, Maude Maris peint des architectures et des paysages colorés dans lesquels elle cherche à maitriser l’espace et la lumière. Sa réflexion englobe les questions d’un rapport contradictoire entre l’aspect naturel et artificiel de ses sujets. A partir de 2009, elle entame ses séries « Intérieurs » où apparaissent des objets manufacturés (bateau, rampe de skateboard, piscine). Elle les place dans des « boites blanches », espaces épurés à trois « murs » latéraux, qui s’effacent pour ne montrer que les sculptures. Les vides et les pleins sont au cœur de sa pratique. Les objets s’agencent, se superposent, se confrontent,  protégés ainsi des éléments de l’environnement extérieur.
Son travail se transforme et, d’objets préexistants qu’elle retouche par ordinateur et qu’elle reproduit sur ses tableaux, Maude Maris crée ses propres volumes. Elle collecte des objets dont elle prend l’empreinte : elle réalise donc un moulage en plâtre qui estompe la forme de départ et instaure une distance avec la réalité de l’objet.
Plus récemment, ses peintures apparaissent plus paradoxales : l’artiste introduit des éléments extérieurs sans les modifier. Dès lors, il devient presque impossible de discerner l’original du faux d’une part,  la rugosité et la porosité des matériaux du rendu lisse du plâtre d’autre part.
Certaines rencontres ont accentué l’appropriation de « l’extérieur » dans ses travaux. Son monde s’est enrichi de nouvelles formes qu’elle a intégrées à ses productions, parfois telles quelles, parfois en les transformant.

 

Minéral
Pour son exposition personnelle Table des matières qui a eu lieu à la Galerie Duchamp à Yvetot en novembre 2013, Maude Maris a travaillé sur les conseils éditoriaux de documentation céline duval pour créer un support entre le livre d’artiste et le catalogue d’exposition. Les deux artistes partagent une pratique de « l’objet » qu’elles glanent, agencent et éditent – l’une par la publication, l’autre par la peinture. Maude Maris a ainsi élaboré un projet d’édition présentant une composition de volumes qui évolue au fur à mesure des pages. Ses sculptures sont progressivement remplacées par des minéraux et des fossiles collectés. Ce travail joue sur la distinction entre naturel et artificiel, entre des objets sculptés par la nature et des créations de la main de l’homme.
Suite à cette réalisation, Maude Maris a introduit dans sa série de peinture « Curiosités » de 2013 des fossiles et des minéraux sans les retravailler. Ils renforcent ainsi la perte de repères tant au niveau des matières que des échelles et influent sur la lecture du tableau.
Cette rencontre a créé dans le travail de l’artiste un nouveau lexique formel. Ses peintures les plus récentes semblent porter la trace de ces éléments en présentant des répliques de minéraux et de fossiles.

3objets2fossilegrisfonncé22x16web
Maude Maris, 3 objets 2 fossiles fond gris foncé, 2014, 22 x 16 cm

 

Enfantin
En 2014, Maude Maris a été invitée à réaliser un projet hors-les-murs pour le CREDAC, en partenariat avec l’école Henri Barbusse à Ivry-sur-Seine. Elle élabore avec les enfants des ateliers artistiques qui leur proposent de s’approprier sa démarche de travail. Ils ont ainsi récolté des objets, pris leurs empreintes et réalisé des moulages. Ils avaient à disposition des plaques de polystyrène qui leur permettaient d’agencer leurs sculptures dans l’espace. Ces plaques pouvaient être coupées et utilisées comme étagère, socle, ou simplement superposées. La spontanéité des enfants à agencer leurs volumes a créé chez l’artiste une volonté de redéployer son travail à la manière des ateliers qu’elle proposait. Revenue à sa pratique, Maude Maris a donc réinvesti dans peintures les chutes de polystyrène, restes des activités. Les volumes se structurent dès lors sur des microarchitectures organisées en étages. Ainsi, ses constructions, qui se déployaient dans un espace en profondeur, se prolongent en hauteur.

rejouer,-2014,-huile-sur-toile,-162x130-cmweb
Maude Maris, Rejouer, 2014, 162 x 130 cm

 

Chantier
L’entreprise française Colas, leader mondial dans la construction de route s’investit dans la promotion de la peinture contemporaine à travers sa fondation. Chaque année, elle commande à une quinzaine d’artistes de toutes nationalités des œuvres sur le thème de la route.  Pour préparer cette commande, Maude Maris a réalisé une visite de chantier au Bourget. Elle y a récolté des matériaux et des pierres, sur lesquelles on trouve des marquages à la peinture, habituellement utilisés dans les travaux publics.
L’artiste réalise alors « Faire fausse route » qui inclut dans sa pratique habituelle les traces de ce chantier. Elle poursuit ici l’idée d’inclure des éléments extérieurs retravaillés ou non, qui se frayent une place dans des compositions artificialisant la nature.

Maude Maris, Faire fausse route, 2014, 150 x 150 cm

 

Maude Maris, méticuleuse et sans cesse motivée par la découverte de nouvelles formes, donne à voir des images où se perdre. Le connu et l’inconnu se mêlent : elle réussit à troubler notre vision des réalités en introduisant dans ses œuvres des éléments qui nous entourent. Plus on contemple ses peintures, plus on oublie de chercher l’origine de ses volumes. On reste attentif à son langage jusqu’à se laisser porter par notre imaginaire. Actuellement, ce langage s’enrichit des éléments de son environnement au rythme des aléas de ses rencontres.

Publicités

Accroche #1 : Romain Vicari

Romain Vicari - vue 13

Né en 1990 à Paris, Romain Vicari part s’installer avec sa famille à São Paulo à l’âge de 6 ans. Il décide de revenir en France en 2009 et entre à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Dijon. Il intègre trois ans plus tard l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris où il travaille dans les ateliers de Michel François et de Claude Closky.
Depuis son retour en France, il s’intéresse au langage du chantier et des travaux du bâtiment et mène une observation des couleurs, des formes et des bruits de l’espace urbain en mutation. Ses observations le poussent à se questionner sur les réactions que peuvent provoquer cette « chirurgie urbaine ».

Romain Vicari - vue 1 Romain Vicari - vue 2 Romain Vicari - vue 3 Romain Vicari - vue 4 Romain Vicari - vue 5 Romain Vicari - vue 6 Romain Vicari - vue 7 Romain Vicari - vue 9 Romain Vicari - vue 10 Romain Vicari - vue 11 Romain Vicari - vue 12

Crédits photographiques: Romain Vicari, Benjamin Petiet