Accroche #1 : Romain Vicari

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Né en 1990 à Paris, Romain Vicari part s’installer avec sa famille à São Paulo à l’âge de 6 ans. Il décide de revenir en France en 2009 et entre à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Dijon. Il intègre trois ans plus tard l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris où il travaille dans les ateliers de Michel François et de Claude Closky.
Depuis son retour en France, il s’intéresse au langage du chantier et des travaux du bâtiment et mène une observation des couleurs, des formes et des bruits de l’espace urbain en mutation. Ses observations le poussent à se questionner sur les réactions que peuvent provoquer cette « chirurgie urbaine ».

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Crédits photographiques: Romain Vicari, Benjamin Petiet

 

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Du documentaire performatif

Chaque année, la Galerie de Noisy-le-sec accueille un commissaire d’exposition en résidence pour construire une programmation dans et hors les murs du centre d’art. Pour la saison 2013/2014, c’est Pedro de Llano, commissaire d’exposition et critique d’art espagnol qui a mis en place Les formes des affects.
Vendredi 16 mai à Treizeespace d’exposition, d’événements et de production qui abrite le Commissariat, Olga Rozenblum, ali_fib gigs et Gallien Déjean – Pedro de Llano entamait sa programmation par la projection de deux films de l’artiste allemande Loretta Fahrenholz.

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Loretta Fahrenholz, My Throat, My Air, 2013 – still image Courtesy Loretta Fahrenholz et Till Megerie

Pedro de Llano a invité Loretta Fahrenholz, artiste présente sur la liste de l’exposition Disparité et Demande qui ouvrira samedi 24 mai à la Galerie de Noisy-le-sec, à projeter et commenter deux de ses films: Implosion, réalisé en 2011 à Manhattan et My Throat, My Air, de 2013, qui sera présenté lors de l’exposition. Cette projection a été l’occasion d’appréhender le travail de l’artiste avant de (re)découvrir son film dans le projet de Pedro de Llano.

Le ton est donné par la première vidéo Implosion, plongée intime et déstabilisante dans un drame durant la Révolution Française transposé dans le Manhattan de 2011. Le film est construit en actes et en scènes et suit parfaitement le script écrit en 1983 par Kathy Acker qui elle, présentait des marginaux de l’underground new-yorkais Des personnages comme Danton et Robespierre sont ici incarnés par des jeunes hommes dont la vie est rythmée par le lien continu qu’ils entretiennent avec leurs outils technologiques . Leur parole semble étrangère à leurs corps et à leurs actions. Loretta Fahrenholz expérimente l’adaptation bien au delà du passage du livre au film en confrontant le récit au changement de siècles et à la modification des corps.
Le deuxième film, My Throat, My Air interroge le rôle même de l’artiste dans la réalisation technique de son oeuvre. Elle a choisi de filmer une famille et de montrer le potentiel performatif des actions du quotidien. Ainsi, un temps de jeux, de maquillage, de discussion, devient une scène actée dès lors que la caméra est témoin de l’action. Loretta Fahrenholz parle de documentaire performatif: son action n’est pas de mettre en scène, ni de diriger ses acteurs, mais simplement d’être l’observatrice d’évènements qui se manifestent spontanément.
L’artiste dit aimer perdre le contrôle et simplement tourner les scènes. Elle précise enfin qu’elle aime les contradictions et surtout, ce qui ne fonctionne pas.

Disparité et Demande, du 24 mai au 12 juillet 2014
La Galerie, centre d’art contemporain, 1 rue Jean Jaurès, 93130 Noisy-le-sec

Pedro de Llano est né en 1977 en Espagne. Il vit et travaille à Saint-Jacques de Compostelle.
Loretta Fahrenholz vit et travaille à Berlin.

 

 

Une parade de parapluies jaunes

Le Parvis du Centre Pompidou s’est paré, vendredi 9 mai dès 15h, d’une population de porteurs de parapluies jaunes qui déambulaient sur l’esplanade. Ce curieux engouement, c’est l’artiste anglais Marcos Lutyens qui en est à l’origine.

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La galerie Alberta Pane s’est associé à Hors Pistes (séances de projection, programmes vidéo, performances, conférences organisés par le Centre Pompidou) pour présenter la performance in touch, une séance d’hypnose collective de l’artiste Marcos Lutyen.
Son travail est basé sur le fonctionnement neural du cerveau et sa capacité a associé plusieurs sens. Il développe des projets d’envergure qui mêlent interactivité, environnement et nouvelle technologie.

On pouvait découvrir sur son site une invitation à participer sous forme de vidéo

L’artiste a mis en place un protocole strict si l’envie de franchir le pas nous séduisait. La première étape consistait à remplir un formulaire, à choisir le créneau horaire souhaité pour prendre part à la performance et à signer une décharge de responsabilité. L’artiste envoyait ensuite à chaque participant un mail précisant le lieu et l’heure du rendez-vous. Cet envoi incluait également les liens de téléchargement d’un fichier audio (en français ou en anglais), qu’il faudrait avoir avec soi le jour J sur son smartphone ou mp3 muni d’écouteurs.
Une fois sur place, nous devions nous présenter et récupérer un parapluie jaune imprimé de la date du 09/05/2014. Le protocole voulait également que les parapluies soient ouverts avant de prendre place sur l’esplanade et de lancer l’enregistrement. S’il y avait une conscience de l’expérience collective, elle s’efface au moment où nous démarrons l’écoute du fichier audio.

Je suis donc assise sur les pavés, mes écouteurs dans les oreilles et mon parapluie à la main. Marcos Lutyen me parle, je l’écoute et me concentre sur sa voix sans vraiment être convaincue de ma capacité à faire abstraction du bruit environnant – cris, rires, musiques, je suis toujours devant Beaubourg. 
Les minutes passent, la voix de l’artiste me dicte ma manière de respirer, ce à quoi je dois penser, je suis totalement consciente. Je me rends compte que je n’ai pas affaire à une hypnose spectaculaire comme celle qu’on a pu voir à la télévision, où j’aurais fini par danser avec tous les participants dans un état modifié de conscience . Il était plutôt question ici d’une recherche d’attention, de concentration et de contemplation. De ma position assise, Marcos Lutyen me demande de me lever tout en restant concentrée sur moi-même. Il me propose de faire un pas, puis un autre en ressentant dans ces mouvements l’attraction de mes pieds sur le sol. L’artiste m’offre l’occasion de ne pas suivre le rythme alentours et de me laisser porter par les « magnétismes », ces points d’attirance qu’il m’évoque.
Je commence à ressentir à nouveau que je suis entourée, les passants prennent à nouveau corps, les bruits m’assourdissent maintenant. Marcos Lutyen me propose de me réveiller, treize minutes sont passées, je baille. Ce sentiment de relâchement est improbable.

Et donc ça a fonctionné?

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Marcos Lutyens Courtesy of the artist & Galerie Alberta Pane, Paris

La vidéo de la performance In touch sera présentée lors de l’exposition personnelle de Marcos Lutyens, à voir à partir du 15 mai 2014 à la galerie Alberta Pane, 64 rue Notre-Dame de Nazareth 75003 Paris.

 

Le jour, la nuit, Amen

Au beau milieu des ruelles touristiques du quartier Saint-Michel à Paris se cache « le plus petit centre d’art contemporain de Paris » appelé Galerie Saint-Séverin. Elle fait face à l’église du même nom et a été créée en 1990 par l’association diocésaine « Art, Culture et Foi / Paris ». Elle accueille des œuvres temporaires, visibles de jour comme de nuit, dans une élégante vitrine.
La programmation de la galerie est confiée chaque année à un(e) commissaire pour une série de cinq expositions. Durant la période 2013/2014, c’est Géraldine Dufournet qui en assure le commissariat.

Le 29 avril dernier avait lieu le vernissage de la quatrième proposition de Géraldine Dufournet à la Galerie Saint Severin, « Il n’y aura pas de prochaine fois » de l’artiste Emmanuel Le Cerf.
Je me rendai à la galerie pour la première fois et ma rencontre avec ce lieu fût assez déroutante. Il m’a fallu plusieurs minutes de conversation sous une pluie printanière pour comprendre que la pièce que je regardais à travers la vitrine constituait bien l’ensemble de l’exposition. (Il faut noter ici que lors des précédents vernissages, l’accès à l’intérieur de la galerie était impossible, la question « d’entrer voir l’exposition » ne se posait donc pas).
C’est drôle comme on peut rester des heures devant une œuvre lorsqu’on ne sait pas qu’il n’y a rien d’autre à voir, un peu comme si le vernissage consistait à rester discuter de l’exposition au seuil de la porte, un verre à la main.
Étrangement ce format d’exposition pousse à prendre son temps. On lit le texte sur la porte, on revient plusieurs fois sur l’œuvre en vitrine, on décroche, on entame une conversation tout en se retournant vers cette exposition qui nous échappe. L’œuvre devient intouchable, elle est suspendue dans le temps.
Ce sentiment est renforcé par l’œuvre d’Emmanuel Le Cerf qui aborde la notion d’image évanescente, prête à se dérober à tout instant, d’abord par l’évocation d’un souvenir – il a représenté son grand-père posant devant sa voiture – mais avant tout par la technique utilisée. L’artiste a pixelisé une photographie en noir et blanc et l’a reproduite sur une trame en papier. Il se sert de ce tamis pour réaliser, par la superposition de deux matières très volatiles, le noir d’ivoire en fond puis le talc, une reproduction de la photographie d’origine. Ce souvenir, cette fragilité sont voués à disparaître : la vitrine cristallise l’équilibre précaire des matières, l’image pourrait à tout moment s’assombrir, devenant alors une image grise, sans contraste, oubliée des mémoires.
C’est peut-être ça la spécificité d’une galerie « Art, Culture et Foi », les œuvres sont silencieuses, paisibles derrière la paroi en verre. Elles restent immobiles, nuit et jour.

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Crédits: Emmanuel Le Cerf

Emmanuel Le Cerf, « Il n’y aura pas de prochaine fois », du 30 avril au 28 juin 2014
Galerie Saint-Severin, 4 rue des Prêtres-Saint-Séverin, 75005

Géraldine Dufournet est commissaire d’exposition indépendante et active au sein du Label Hypothèse depuis 2008. Elle est membre de l’association Paste et de c-e-a, commissaires d’exposition associés.
Emmanuel Le Cerf est né en 1984 au Havre. Il vit et travaille à Paris. Il est actuellement résident à la Cité Internationale des Arts à Paris et a été nominé au Prix Sciences Po pour l’art contemporain 2014.